5 jours ont passé depuis le dernier match, et je pense l’avoir à peine finis de digérer, un peu comme après l’absorption un Kouign-Ammann entier, sans sucre.

Si vous nous aviez vus.

Si vous aviez vu cette bande de jeunes lions en cage, affamés, qui dans les douches se martelaient les épaules contre les murs pour se mettre dans le bain.

Si vous aviez vu cette meute de loup, prête à déferler sur un troupeau de brebis du service publique.

Qu’importait le froid ou la pluie battante, chaque goutte, chaque pas dans la boue, chaque claque au collègue semblait nous endurcir un peu plus.

Un effectif galvanisé par la volonté de rattraper l’échec contre les Tribals qui nous mettaient au pied du mur.

Pour aller en quart, fallait gagner.

Je crois même avoir vu des têtes contre tête dans les vestiaires.

Les mecs s’annihilaient mutuellement leurs dernières poches de conscience et d’intelligence.

C’est ça le rugby.

En touche t’as besoin de connaître ton alphabet, le reste c’est de la frime.

De surcroit un ancien du club nous avait fait l’honneur de sa venue : Arnaud Pourrière et sa doctrine devenue populaire, « hashtagisée » #PLP (pour les petites).

Un équilibre parfait avec votre vie professionnelle comme pour Arnaud, notre mentor à tous.

Un homme accueilli en grandes pompes par Louis qui lui fit respirer la charmante odeur de son épaulière, encore imbibées des suées des derniers matchs.

Vomi instantané. Le rituel devient coutume.

15 bœufs Charolais (AOC) la peau fumante sous les giboulées face à des composteurs de tickets, l’issue du match était évidente non ?

Et bien…

Et bien caca voilà !

Sur un terrain boueux ou la pluie n’a jamais cessé de tomber, ce fût un match pour le moins, étrange.

La balle surfait dans nos mains, et les gars en face étaient étonnement en jambe.

Contraints dès les premières minutes à défendre sur notre ligne d’en-but, à force de pénalité à 10 m, à force de rucks mal contestés (qui nous ont valu l’ouverture du score 0 – 3) il s’en est fallu de peu pour que l’entame soit désastreuse.

La balle avait heureusement finit par sortir, le temps de souffler, après ces premiers temps de jeux qui crament toujours les athlètes que nous sommes.

La SNCF disposait d’un bon alliage d’anciens lourds et puissants à l’avant et des ailiers qui verrouillaient instantanément nos tentatives d’ouverture, on ne pouvait en vouloir à personne, alors qu’est-ce qu’on fait quand ça ne rentre pas ?

On force.

Plusieurs belles percées dont le coup de grâce a été porté par notre capitaine.

Essai refusé, une main en dessous apparemment.

C’était notre temps fort, on devait marquer, plusieurs tentatives infructueuses, et même des relances à la main foirées, deux occasions d’essais manquées.

Alors bien sûr, ça fait rager.

Dans le vestiaire, il était temps de se mettre des baffes, les points on ne peut pas en mettre beaucoup il ne faut pas les manquer, seulement 0 – 3, c’est faisable.

Et pourtant à la seconde période, c’est le jeu de l’adversaire qui a primé.

Pris de cours sur une de leurs avancées, ils aplatissent, 0 – 8.

Mr Moriceau s’est fait stroumpfisé la rotule, un mec en face s’est fait subtilisé son épaule gauche par Mr Pourrière.

Un carton blanc de chaque côté, des mecs qui entre et qui sortent pour s’occuper des blessés.

C’était une cohue.

C’était rugueux sous cette pluie froide qui nous rappelait de ne pas s’arrêter de bouger.

L’incohérence commençait à gagner nos rangs, et pour couronner le tout, nous écopons d’un nouvel essai…de la part d’une équipe qui jouait à 16 contre nous.

On est déçu, on grogne, on braille, le plaisir de jouer fait place au doute et à la frustration de s’être déplacé pour subir cela, 0 – 13.

Alors que l’on rentrait dans les vingt dernières minutes, le combat commençait à faire jeu égal, un bon coup de genou dans le crâne me mets à terre.

Je me sens mou comme un gardon mais j’ai envie de jouer, on me sort, la fin du match est assez floue pour moi, il me semble que nous avons terminé à 0 – 18.

Qu’est-ce qu’on se dit après un match comme ça, petit club que nous sommes, de la FFSE, mais dont la défaite démoralise quand-même ?

On peut se rappeler deux citations :

« On prend goût aux douleurs que le rugby provoque. Un match qui ne fait pas mal est un match raté. » Walter Spenghero.

De ce point de vue, on a brillé.

« Le rugby c’est le sport ou l’on se rencontre, alors qu’ailleurs on se croise. »

Si les matchs n’améliorent pas nos scores, faisons en sorte qu’ils nous améliorent nous-même.

De l’audace, de l’entente et de l’envie naitront notre unité, et ainsi dans la victoire ou la défaite, nous auront le respect de l’adversaire.

 

F&H

 

Bastard.

 

Publicités